

Dernier message par Carfax, le 20/10 à 22:38:17 |
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| Carfax Gourou Disciple |
Pour celle qui ne semble plus venir ici : Plume Mistyque
• • • • • • • • • • • • • • • LA PEUR AU VENTRE • • • • • • • • • • • • • • • Je m'entends parler et j'imagine ma voix si je pouvais articuler les mots qui me viennent à l'esprit. Mais je reste muet. Je ne puis non plus palper mon corps et n'en connais ni la mesure ni la couleur. Je suis aveugle. Et pourtant, je voudrais dire que je peux voir et parler. Je parle dans ma tête et je vois une surface blanche et lisse qui m'entoure de toute part. J'ai donné noms à cela de murs, plafond et plancher. Ce sont ma couverture et mon oreiller. Il s’y dégage une source de chaleur constante et agréable. J'ai pris conscience de mon petit univers à partir du moment où je me suis posé des questions. Des questions que je me pose depuis que je me suis mis à penser. Vous dire depuis quand est une tâche trop ardue et confuse pour que je m'y arrête et m'y accroche. N'est-il pas vrai que plus on s'accroche et plus on tourne en rond? Je ne sais qui je suis et où je suis. Peut-être suis-je une forme abstraite et sans couleurs. Tout autour de moi est d'un blanc immaculé. Je dois l'être aussi. Il fait bon de vivre en cet endroit où personne ne peut t’atteindre pour te faire du mal. Je suis un intouchable. • • • • • • • • • • • • • • • • Soudain un bruit étrange et ténu se fait entendre. Un craquement. Je lève craintivement la tête. Une fissure dans mon plafond. Une fente qui va en s'allongeant et qui engendre des lignes sinueuses et mouvantes. Comment se fait-il qu'on vienne me déranger de la sorte? Je regarde, ébahi et sans trop y croire. Un frémissement indéfinissable traverse mon corps de part en part. Ma maison, mon abri, mon doux refuge, ce nombril de mon existence se désagrège sous mes yeux et je reste là impuissant, hypnotisé par ce mystère incommensurable. Et j'ai mal, mal sans savoir pourquoi, sans savoir où j'ai vraiment mal. Les murs maintenant se lézardent, se brisent en mille morceaux. Des éclats volent partout et s'évanouissent dans le néant, comme pour se faire oublier. J'aimerais qu'on m'oublie, aussi. Au-delà de ces murs fragiles, ces parois de pacotille qui dégringolent à vive allure sans rien pour les retenir, il n’y a qu'un immense gouffre noir, la nuit, une plaie béante qui semble prête à m'engloutir, à me dévorer vivant. Je cherche en vain à comprendre. Où puis-je chercher de l'aide? Qui me viendra en aide? • • • • • • • • • • • • • • • • Le vide me fait peur. J’ai le vertige. Si ça continue de la sorte, il anéantira complètement ma frêle raison d'être. Il absorbera toutes mes forces et mon courage. Il les broiera dans sa main unique, gigantesque et monstrueuse, sans rémission. Faire face à l'inconnu, c'est tout ce qu'il me reste. Mes battements s'accélèrent et les questions se bousculent à un rythme effréné, toujours plus confuses les unes que les autres. Et si c'était pour me faire comprendre que je suis un inutile, un élément de trop dans cet univers que je croyais mien? Et si je n'étais qu'un moins que rien? On disloque mon monde à moi comme un vulgaire fétu de paille et pourtant je suis en droit d'en connaître les motifs. Je cherche. Je veux qu'on m'explique. Je l'exige. Mais rien ne vient. Il n'y a que l'écho des débris épars pour me répondre et me tenir compagnie. Alors je me rends compte combien la solitude et le silence sont lourds à supporter pour des épaules cristallines. Ce plafond et ces murs qui me protégeaient contre je ne sais qui et je ne sais quoi, ce ne sont que du vent. • • • • • • • • • • • • • • • • J'ai froid et je frissonne. Cette chaleur d'un instant plus tôt, si douce et réconfortante, n'est plus que du vent, une illusion de plus, un château de sable sur une plage que les vagues s'apprêtent à effacer. Il n'y a plus rien autour de moi que je reconnaisse, rien qui ne m'appartienne, rien pour me situer, pas de juste milieu. Je n'ai plus que le sol sur lequel je me suis recroquevillé, apeuré, déconcerté et tremblant. Je pleure, je crie, je hurle, j'implore. Je ne veux pas que les choses changent. Je veux que tout soit comme avant. Avant quoi? Je ne sais pas. Est-ce mieux après? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Avant, ce n'était pas compliqué. Je faisais ce que j'avais à faire, sans déranger qui ou quoi que ce soit. Je n'avais pas d'idées bizarres qui me turlupinaient l'esprit. Tout était simple. Après? J'en ai peur. J'ai peur de ce que je ne connais pas. J'ai peur qu'on vole mon innocence. J'ai peur de ne plus exister pour moi-même. • • • • • • • • • • • • • • • • Un moment de révolte surgit du fond de mes tripes. Je tourne la tête dans toutes les directions. Des sons sortent de ma bouche mais ce ne sont qu'un espèce de gargouillis indistinct. Mes ongles griffent mon visage et je ne ressens pas la douleur. La douleur est quelque part ailleurs en moi, dans mon ventre. Un goût amer dans la gorge m'étrangle. Je vois apparaître une autre fissure dans ce noir d'encre. Je me fais tout petit, en boule, essayant de ne rien penser, de contrôler mes émotions, de cacher ma souffrance, mon désespoir, ma terreur... Je suis enfant qui ne veut pas grandir. Je suis adulte qui ne veut pas mourir. • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • (c) copyright, Lacroix |
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